
Denis Berteau, peinture
Jürgen Lingl-Rebetez, sculpture
Vernissage le mercredi 2 mai de 18h à 22h (sur invitation)
Lieu : Le 6, Mandel, Paris
6, avenue Georges Mandel (entrée par le 1, rue Greuze) - 75116 Paris
Ouvert pendant l’exposition du mardi au samedi de 14h30 à 19h
sauf en cas de privation ponctuelle du lieu : fermé les 26/28 juin
Entrée libre
M° Trocadéro / Parking 65 avenue Kléber
T 01 42 27 27 93
www.6mandel.com
contact@6mandel.com
Commissaire de l’exposition :
Galerie Nathalie Béreau, Chinon
T Pro 06 79 71 26 44
Présente sur RV et les 29 et 30 juin
contact
L’exposition
L’intention était de réunir deux artistes moins pour une confrontation que pour un échange de regards, chacun amenant au 6, Mandel sa pratique d’artiste : le paysage d’un côté avec les peintures de Denis Berteau, la faune de l’autre avec les sculptures de Jürgen Lingl-Rebetez ; leurs œuvres donnant l’illusion de la vie par la vibration qui s’en dégage et non par la direction d’hyperréalisme absente de leur expression.
Denis Berteau est d’abord un grand peintre dans la tradition du trompe-l’œil pour des commandes architecturales qu’il a réalisées depuis la fin des années 70 en France et à travers le monde tant pour de grands hôtels que pour des palais privés.
Son travail est reconnu même si singulièrement peu valorisé alors même qu’il témoigne d’un art séculaire purement décoratif mais toujours d’actualité. Cet art est donc reconnu, et Denis Berteau sait être reconnu par les amateurs.
Mais à ce jour, il n’avait jamais franchi la ligne pour enfin exposer son travail d’artiste - dirons-nous pour faciliter le propos. C’est son travail de peintre décoratif qui l’a amené à cette première grande exposition personnelle : ayant réalisé le décor de la chambre d’hôte du 6, Mandel, remarquable trompe-l’œil inspiré de la toile de Jouy, le peintre a accepté l’invitation de Jean-Christophe Stöerkel pour exposer ses huiles sur toile inspirée de la nature, à la fois éloignées de ses réalisations de commandes mais finalement proches sous plusieurs aspects. Pour l’exposition, Denis Berteau a abordé le thème du paysage sous deux angles différents : le sud méditerranéen d’abord, avec en particulier la côte du Cap Bénat, désireux, suite à une commande, de "descendre de l’échafaudage" pour mieux s’absorber dans le paysage qui s’offrait à lui. Peintre de la nature, il prend d’abord lors de ses promenades des croquis dans des carnets de dessin ou bien des photographies.
Le dessin est ensuite le premier jet avant d’attaquer la toile à l’huile mate. Ses couleurs sont préparées par ses soins.
C’est le travail du trompe-l’œil qui l’a amené à préparer ses couleurs, inventant entre autre un médium pour rendre son huile mate et ne pas avoir ainsi de reflets.
Nous restons dans la tradition des peintres classiques, intéressés par l’alchimie des différentes techniques (chaux, par exemple).
Le Cap Bénat est donc un endroit où Denis Berteau est allé se promener, tout comme le jardin de la maison familiale, où il a vécu : il travaille donc d’après des lieux existants mais toujours revus par son imaginaire, sa perception, un choix de cadrage, une lumière spécifique ou une saison en particulier : le crépuscule et ses couleurs chaudes parfois violines, l’hiver quand les nénuphars sont pris dans la glace, la luxuriance de la végétation en été dans le sud, etc.
Le cadrage est différent selon ses sujets : large pour le bord de mer, vue plongeante depuis les calanques sur le rivage. Egalement en vue plongeante mais plus serré pour le plan d’eau de nénuphars, deuxième sujet de ses peintures qui seront exposées.
D’un point de vue artistique, Denis Berteau est fasciné par l’eau : support "passionnant" pour évoquer le mouvement, la lumière et la vibration. Dans les deux sujets, on constate alors une attention particulière pour le plan d’eau, la ligne d’horizon étant absente : "la présence du ciel n’aurait été que répétition", seul son reflet compte alors.
Le nénuphar vient du tréfonds de la mare, de la boue, mais il est le témoin de la surface stable qui donne également une "matière à l’eau" dont l’artiste s’accapare comme prétexte à des couleurs étonnantes. Le travail et sa multiplication des points de vue sur le nénuphar peut-être vu comme une référence aux Nymphéas de Monet mais sans une démarche de répétition.
Dans un esprit impressionniste, si on voulait mettre une étiquette à sa peinture, Denis Berteau travaille en touche large, légère, fluide, mate avec un effet minéral dû à sa technique, ce qui donne une profondeur et une vibration de la matière par la lumière qui sont spécifiques à cet artiste.
Jürgen Lingl-Rebetez, jeune artiste allemand installé en France, se frotte également à un sujet classique, à savoir le thème animalier, qui "dans la hiérarchie des genres était plutôt bas dans l’échelle mais qui pour l’artiste ou le conservateur peut-être un sujet noble"*. Je me permets de reprendre ces quelques mots de la conservatrice Emmanuelle Héran qui a organisé l’exposition Beauté animale au Grand Palais ce printemps.
Circonstance heureuse mais fortuite puisque l’envie de montrer un travail de sculpteur animalier sur bois était présente depuis longtemps au 6, Mandel. Le travail de Jürgen Lingl-Rebetez en s’invitant en regard des tableaux de Denis Berteau donnera la possibilité au visiteur non seulement d’apprécier un travail de sculpteur mais aussi de s’interroger sur la possibilité pour un artiste de se confronter à la tradition.
Tradition allemande d’abord puisque l’artiste d’origine bavaroise a connu enfant l’usage populaire de la sculpture décorative en bois peint. Tradition de la peinture et de la sculpture ensuite puisque la représentation de l’animal n’est pas une nouveauté. Ce qu’apporte Jürgen Lingl-Rebetez, c’est son appréciation de la bête qu’il attaque - comme un challenge - à la tronçonneuse, directement, sans dessin. Ses recherches en amont sont importantes d’un point de vue documentaire (visites au zoo, dessins, photographies) pour être juste dans sa compréhension de l’anatomie, l’artiste ne supportant pas "l’erreur" et afin d’arriver à rendre exactement ce qu’il veut donner comme impression. Une fois son idée précise en tête il va alors à l’atelier chercher dans son stock le tronc qui servira à la sculpture.
Le tronc choisi, généralement de l’épicéa, va lui servir de base et de masse pour l’animal, résolvant ainsi le problème du socle. Le tronc par sa verticalité l’intéresse en tant que sculpteur, certainement pas comme ébéniste ce qu’il n’est pas !
Il va ainsi souligner le fait que l’animal jaillit de la masse, semblant juste dégrossi, la couleur (diverses techniques allant du spray au crayon de couleur) suggérant par touches le pelage ou d’autres éléments organiques, les détails n’étant pas primordiaux car c’est la "force de l’animal qui doit ressortir". Le socle également taillé à même le tronc dans le prolongement de la sculpture est lui aussi coloré (souvent en rouge ou en gris foncé), ainsi la sculpture n’est pas laissée "nue".
Se dégagent alors de ses sculptures une force, une vibration dues à la taille et à la couleur. Et c’est également son "expérience" qui lui donne aujourd’hui moins d’hésitation dans le geste.
L’artiste ne travaille pas que sur ce sujet mais a une prédilection pour, car avoue simplement "aimer les animaux", son choix suivant ses envies, mais à part le lion, il reste dans une sélection d’animaux domestiques ou proches (canard, chien, poule, souris, chouette), en taille réelle pour certains, et sans l’envie d’être dans le rendu du trophée.
Ce n’est pas non plus une galerie de portraits d’animaux mais plutôt une "collection d’attitudes" (la nervosité, la douceur, par exemple) qu’il intègre à sa sculpture, jouant dans ses coupes à la tronçonneuse (achevées parfois au ciseau à bois) sur les contrastes entre brut et lisse, créant ainsi des tensions à fleur de peau du bois.
©Nathalie Béreau, avril 2012
Entre guillemets : propos recueillis auprès des artistes * Emission de France Inter "Vivre avec les bêtes", invitée Emmanuelle Héran, 2012